منسق العدد : ذ مصطفى الشليح
المسألة اللغوية في الجامعة المغربية
تأخذ المسألة اللغوية بعدا وجوديا، في علاقة الذات بالمؤسسة، وفي تجاذب الهوية والتاريخ، ثم في تفاعل الراهن الحضاري بمسوغات تستوجب قراءة جديدة للسياقات والأنساق، وتستدعي مقاربة تفسيرية لأثر اللغة في بناء الكائن والممكن، ومقاربة ترقبية للناجم عن تفحص اللغة، في ضوء رؤية معاصرة، من تبين رتبة اللغة الوطنية على ما عداها، ومن استئثار داعم عبر تفويض اللغات الأجنبية مهمة استعجال تطور اللغة الوطنية من خلال التلاقي الصادم بينهما، بإنفاذ الوقائي سبيلا إلى التنمية اللغوية المتجددة. ولعل الجامعة المغربية، بما شهدت من تفاوتات في الاستعمال اللغوي، ومن تدرجات توظيفية بين اللغة العربية ولغات أخرى، وقد تحصر في اثنتين: الفرنسية والإنجليزية، ومن راهن توجه إلى تكثيف الأجنبي من اللغات على الوطني، فضاء علمي للتداول في شأن المقترحات القاضية بذلك التكثيف، ولعل ذلك يكون عبر المحاور التالية:
  • السياسة اللغوية في المغرب.
  • أثر التخطيط اللغوي في التراتب الاقتصادي.
  • لغات التدريس / تدريس اللغات.
  • الازدواجية اللغوية في الدرس الجامعي.
  • اللغة العربية: من الهوياتي إلى الثقافي.
  • اللغة العربية بين الدرسين اللغوي والأدبي في الجامعة المغربية.
  • سيرورة اللغة العربية في التدبير الأكاديمي للفعل الثقافي.
  • اللغة العربية تأصيلا وترجمة وصناعة مصطلحية.
SÉMANTIQUE ET APPROCHES TEXTUELLES
Coordinateur du numéro: Pr Driss EL KHATTAB

La sémantique hante les sciences humaines, écrivait Alain Rey en 1969. Avant lui, Benveniste la qualifie de « tête de Méduse ». Jadis, Harris et Chomsky l’expulsaient de la linguistique scientifique, jugeant qu’elle n’est ni objective ni formalisable. Elle fut longtemps décrite comme la parente pauvre de la linguistique, mais elle constitue pleinement un domaine de la linguistique, tant théorique que descriptive. Au-delà, toutes les sémiotiques comportent une partie sémantique, ce qui intéresse l’ensemble des disciplines des sciences humaines et sociales. La recherche du sens vise les mots, les énoncés, les comportements, les signes, les actions humaines, etc.

Après Saussure, Greimas va rétablir le statut de la sémantique en déclarant qu’elle est une science humaine et qu’elle cherche à décrire les valeurs et non à les postuler (Sémantique structurale, 1966, p.58). Pour sa part, Rastier, qui se propose d’étudier le sens des textes dans la lignée de Greimas, Pottier et Coseriu, affirme que « la sémantique textuelle ne cherche pas un ou plusieurs sens cachés, elle décrit leur accessibilité relative, et évalue leur degré de plausibilité » (Sens et textualité, 1989, p. 18). Dans le domaine du sens, rien n’est préétabli, aucun objet ne nous est donné, car « l’objectivation du sens textuel peut recommencer indéfiniment dans des situations nouvelles » (Sens et textualité, p.19). Ainsi, l’objectivation des faits de sens en sciences humaines constitue la thématique centrale de ce numéro.

La sémantique des textes ( les possibilités de son extension à d’autres domaines en sciences humaine), les corpus numériques (leur mode de lecture et d’interprétation) et l’interdisciplinarité et les sciences de la culture constituent les trois axes de ces travaux. Soulignons que le premier axe est consacré à l’approche préconisée par François RASTIER, alors que les autres sont de portée générale.

1. La sémantique des textes et ses domaines d’extension

Dans la sémantique des textes telle qu’elle est préconisée par François Rastier, le texte, ainsi placé au centre de la réflexion sur la langue et les arts du langage, est reconnu comme l’objet empirique de la linguistique. Unité « minimale » de description, il exige la constitution critique du corpus et appelle des méthodes d’analyse qui sont empruntées à la philologie, à l’herméneutique et à la linguistique du corpus. Les textes sont des formations sémiotiques complexes qui se prêtent difficilement à une description exhaustive. C’est pourquoi les chercheurs s’entourent de garanties pour cerner les interprétations adéquates.

Dans plusieurs ouvrages (1987, 1989, 2001, 2015, 2018), François Rastier a fait le lien entre le sens et le texte pour tracer les contours d’une théorie objective du sens des textes, qui s’est développée pour interroger les concepts de corpus (sémantique du corpus) et d’œuvre. Si la sémantique lexicale s’est développée au sein d’une linguistique du mot et de la phrase, le développement de la sémantique des textes appelle à tenir compte des connaissances acquises dans d’autres disciplines religieuses, juridiques, historiques et littéraires notamment. Ainsi, la nature du sens et celle du texte interpellent d’autres disciplines des sciences de la culture ; en conséquence l’interdisciplinarité apparaît comme une démarche inévitable

Les contributions à cet axe viseront les outils conceptuels, méthodologiques qui sont investis pour rendre compte du sens de textes de tout ordre (romanesques, poétiques, journalistiques, etc.). Sèmes, isotopies, taxèmes, molécules sémiques, thèmes, dimensions, parcours interprétatifs, etc. seront questionnés afin de montrer leur contribution à la genèse du texte et l’établissement de la cohérence textuelle.

Sur le plan épistémologique, la question du rapport entre sémantique et sémiotique va retenir notre attention. En outre, les problématiques du signe et du contexte seront examinées, car l’interprétation des textes est fondée sur les aspects systémiques de la langue comme sur les normes socio-culturelles. Qu’est-ce qui garantit une interprétation adéquate des textes, les moyens systémiques de la langue ou les normes socio-culturelles ? Ou les deux à la fois ?

Dans cette perspective, de nombreuses questions de nature théorique, empirique et méthodologique se posent : est ce que le sens est un niveau d’objectivité ? Dans la description sémantique des textes, les considérations référentielles et inférentielles sont-elles secondaires ? L’analyse sémique peut-elle être transposée à d’autres disciplines comme la sociologie, l’anthropologie, la pédagogie? Quelle est la place du contexte ou de l’entour dans l’interprétation des textes ou dans l’évaluation des parcours interprétatifs ? La valeur et la pertinence de la sémantique des textes de F.RASTIER pourront se concrétiser à travers sa comparaison avec d’autres approches textuelles comme celles des comparatistes, des fonctionnalistes et des analystes du discours. La comparaison pourra se situer au niveau théorique et méthodologique.

Axes de réflexion possible (liste non exhaustive):
  • Sémantiques des textes et linguistique textuelle : comparaisons.
  • Sémantique des textes et analyse rhétorique.
  • Les textes entre sémantique et cognition.
  • Sémantique des textes, sémiotique et sciences de la culture
  • Sémantique et contexte.
  • Sèmes, isotopies et parcours en sémantique des textes.
  • Sémantique du discours scientifique, juridique, politique, journalistique
  • Sémantique : de la phrase au texte.
  • Genres textuels, sens et normes sociales.
  • Approches sémantiques et cognitives des textes.
  • Sémantique et sciences de la culture.
  • Sémantique et approches anthropologiques, sociologiques, politiques, etc.

2. Sémantique et corpus numériques

La sémantique du corpus ou l’étude des textes numériques suscite l’intérêt croissant des chercheurs. Le passage du graphique au numérique a conduit à questionner le statut sémiotique des données et a suscité des débats éthiques ou déontologiques concernant la fiabilité de l’analyse informatisée.

Il va sans dire que le traitement informatique des données textuelles (approche quantitative ou qualitative) offre des fonctionnalités inaccessibles par le traitement dit manuel. C’est le cas des occurrences des unités lexicales ou syntaxiques dans des textes de différents genres. On abordera aussi les corpus numériques pour questionner leur statut épistémologique et méthodologique au sein des sciences humaines et sociales. Il serait intéressant de montrer leurs fonctions et de spécifier les services qu’ils pourraient accomplir au sein des sciences de la culture.

Les thèmes proposés pour cet axe sont les suivants :
  • Constitution des corpus des textes littéraires, journalistiques, historiques, juridiques, etc.
  • Éléments contextuels et sens global.
  • Corpus et sciences de la culture.
  • Corpus numériques : mode de lecture et interprétation.
  • Corpus numériques : quantification, sens, traitement et interprétation.
  • Textes numériques : étude des aspects lexicaux, sémantiques et rhétoriques.
  • Textes numériques et virtualisation de la culture.
  • Les humanités numériques entre le réel et le virtuel.
  • Corpus numériques : problèmes philologiques et herméneutiques.

3. Interdisciplinarité et sciences de la culture

La question de l’interdisciplinarité a marqué la méthodologique des sciences humaines et sociales. Il s’agit de créer des passerelles entre les disciplines, de penser leur complémentarité et de mettre en place une méthodologie d’analyse et de traitement qui tient compte de plusieurs disciplines pour un même objet d’étude.

Les sciences de la culture se caractérisent par l’extension de ses objets d’étude, la multitude des disciplines sollicitées et la difficulté à déterminer son identité. Elles se caractérisent notamment par le dépassement de la fausse distinction entre sciences humaines et sciences sociales. Dans ce contexte, nombre de champs disciplinaires ont présenté des projets englobants, il s’agit de la sociologie de Durkheim, la sémiologie de Ferdinand de Saussure, la sémiotique de la culture de Lotman et la sémiotique des cultures de Rastier. Dans ce contexte, la voie fédérative assure une épistémologie de complémentarité entre les sciences de la nature, de la vie et les sciences de la culture. Face aux sciences cognitives qui entendent naturaliser les phénomènes culturels, les sciences de la culture proposent des programmes pluridisciplinaires pour rendre compte des faits culturels les plus variés. En effet, les sciences de la culture tendent à rendre compte du caractère sémiotique de l’univers humain.

Les sciences de la culture, définies comme des disciplines qui entendent déceler le sens culturel des phénomènes, accordent une attention particulière au sens, à tel point que certains chercheurs les nomment « sciences du sens ». Justement, la sémantique par exemple établit des liens avec des disciplines qui traitent du texte, notamment la rhétorique, la thématique, la stylistique, la narratologie et l’herméneutique. De plus, il faut chercher les composants du sens dans des connaissances encyclopédiques de toutes sortes, notamment celles des sciences sociales. Littérature, histoire, droit, sociologie, philosophie, etc. sollicitent les aspects sémantiques, mais sans prétendre en faire un objet. Clifford Geertz proposait d’établir un lien entre l’anthropologie et l’herméneutique culturelle, entreprise qui permettrait de rapprocher les sciences sociales des humanités. La sémantique des textes fait le lien entre herméneutique et philologie ; rappelons que le projet comparatiste avait jadis l’ambition d’étendre sa méthode à l’ensemble des langues et des textes et de créer ainsi un pont entre linguistique et littérature.

Cet axe de travail interroge la relation plus ou moins complexe entre diverses disciplines en sciences humaines et sociales. Les problèmes épistémologiques seront évoqués afin de montrer la pertinence de l’interdisciplinarité pour affronter les problèmes complexes liés à la modernité ou à la postmodernité.

Axes:
  • Sémiotique et sciences de la culture
  • Les sciences de la culture : aspects épistémologiques et méthodologiques
  • De la méthode de l’interdisciplinarité
  • Interdisciplinarité et sémantique des textes
  • Spécificités des sciences de la culture
  • Sciences de la culture et approche fédérative
  • Sciences de la culture : de Humboldt à Saussure
  • Sémiologie, sémantique et sciences de culture
  • Sciences cognitives et sciences de la culture
  • Textes et sciences de la culture
منسق العدد : د. حسن أميلي
التثاقف الحضاري بين ضفتي المضيق

من نافلة القول التذكير بأن هوية أي مجتمع نتاج تراكم ملموس ومضمر للمخلفات الحضارية التي يتثاقف فيها الأصل بالروافد المتنوعة، ومثال أفصح لطبيعة خصوصياتها وثقافتها المتعاقبة عبر الزمن، والمحك الأنصع لاستظهار مدى نقاوتها الانغلاقية، أو مدى تلاقحها وتماحكها مع الثقافات الأخرى.

والمغرب بموقعه الاستراتيجي المتميز كنقطة التقاء، محورها عنصره الأمازيغي الأصيل، وأطرافها العمق الإفريقي جنوبا، والفضاء الأوربي شمالا، والمدى المتوسطي والعربي شرقا، كل ذلك جعل من مجاله الفسيح ميدانا خصيبا لاحتضان تراكمات ثقافية مادية (ثابتة ومنقولة)، ولا مادية (أنثروبولوجية وشفاهية) فرضتها احتياجاته الاتقائية أحيانا، أو الاكتساحات الأجنبية تارة أخرى، أو تمازج الأصيل مع الدخيل في إقرارها تارة ثالثة، مما أفرز ثراء ماديا متعدد الأصول والحقب والأشكال، لا يعوق استثماره بالصورة المثلى راهنا إلا ضبطه والتعريف به من جهة، وكشفه ودراسته وتأهيله وصيانته من جهة أخرى.

من هذا المنطلق، يروم الملف تخصيص فضاءاته لتركيز البحث في مختلف أنماط التثاقف بين ضفتي المضيق (الفضاءان المغربي والإيبيري)، باعتبارها أحد الأسس البارزة في تشكيل الهوية المغربية على مدى الحقب التاريخية من العصر القديم حتى الراهن، حيث لم يكن المضيق نقطة فصل قدر ما كان نقطة وصل بين الفضاءين، سواء على سبيل المكونات البشرية، أو الأنماط المعيشية، أو المهارات، أو التجليات المأثرية الشاهدة، أو التلاقح الفكري، برغبة في استجلاء خصوصيات هذا التثاقف، وتجلياته، وتقارباته أو تناقضاته الثقافية والمذهبية.

محاور الملف:
  • في مفهوم التثاقف بين ضفتي المضيق
  • التداخلات البشرية والاجتماعية (مختلف الأزمنة)
  • التجليات المادية المشتركة (مختلف الأزمنة)
  • التجليات اللامادية المشتركة (مختلف الأزمنة)
  • التثاقف الفكري بين الضفتين (مختلف الأزمنة)
La aculturación civilizacional entre las dos orillas del estrecho
Coordinateur du numéro: Pr Hassan Amili

Es obvio recordar que la identidad de cualquier sociedad es el resultado de una acumulación concreta e implícita de vestigios civilizacionales donde lo originario se cruza con las distintas aportaciones. La identidad es también un ejemplo elocuente de la idiosoncracia de un pueblo y su cultura a través del tiempo, y es la única vía que puede desvelar el grado de su pura introversión o el grado de su hibridación con otras culturas.

Marruecos con su ubicación estratégica peculiar es un punto de encuentro cuyo eje es el auténtico elemento « amazigh », limita por el sur con África, por el norte está el espacio europeo, y por el este está la franja mediterránea y el mundo árabe. Esa significativa ubicación le convirtió en un espacio fértil donde anidan modelos culturales materiales ( estáticos y copiados) e inmateriales ( antropológicos y orales) que se cuajaron por necesidades propias o por intromisiones extranjeras o por una hibridación y dió como resultado una espectacular belleza de distintas procedencias, épocas y formas.

Partiendo de esta premisa, este número de revista pretende orientar la investigación hacia las distintas formas de aculturación entre las dos orillas del estrecho consideradas como uno de los pilares fundamentales en la construcción de la identidad marroquí a través de la historia desde la antiguidad hasta la actualidad, ya que el estrecho nunca ha sido un punto de separación sino un eslabón que conecta los dos espacios tomando en consideración no sólo el factor humano sino también los hábitos de vivencia, las destrezas, los monumentos, la hibridación, siempre con el objetivo y el afán totalizador de arrojar una luz sobre la especificidad de esa aculturación y sus manifestaciones, aproximaciones o bien sus paradójicas contradicciones culurales y rituales.

On Difference
Coordinateur du numéro: Pr Hassan Zrizi

« Difference » is a complex concept that frequently raises questions in science, literature, cultural studies and the humanities. It has recently become crucial and debatable in many research areas and it entails all forms of liberation from all forms of domination, ethnic, sexual, cultural or ideological. Derrida considers « difference » as the site of conflict of meanings and ideas. Both Nietzsche and Deuleuze theorize difference as a form of « becoming » in the face of a supposed « static » meaning. Khatibi calls for difference via the establishment of another new mode of thinking « une pensée autre ». The concept is strongly interrelated with the complex issue of identity and the problem of otherness.

We accept articles and book reviews on the issue of difference in various areas and from multiple perspectives. We suggest the following areas that could be enriched by others :

  • Difference and theoretical approaches
  • Difference and humanities
  • Difference and literature
  • Difference and cultural studies
  • Difference and the problem of identity
  • Difference and otherness
  • Difference and globalisation
Les transformations des mouvements sociaux et de l’espace de la protestation sociale au Maroc
Coordinateur du numéro: Pr Kamal MELLAKH

La littérature scientifique sur les mouvements sociaux, l’action collective et la mobilisation sociale est abondante. Au Maroc, la recherche universitaire sur cette question est récente. Elle a abordé plusieurs aspects : le mouvement féminin, le mouvement amazigh, le mouvement islamiste, la protestation collective….Mais les travaux sur des mouvements sociaux spécifiques, leurs transformations et sur les nouvelles dynamiques de la mobilisation sociale partant de la rue et utilisant le relais des réseaux sociaux sont rares. Malgré leur récurrence durant les décennies des années 2000, les nouveaux mouvements sociaux de protestation spontanée ou organisés sont peu étudiés, notamment du point de vue de l’expérience des acteurs. Les analyses ciblées qui abordent les dynamiques internes de ces mouvements et qui suivent de près les expériences, les trajectoires et les pratiques de leurs acteurs, selon une démarche articulant l’analyse du passé et du présent, l’histoire et la mémoire, le spatial et le temporel sont plutôt rares. Pourtant, l’analyse des mouvements sociaux et leurs transformations dans le temps nous donnerait à voir tout le dynamisme social, politique et économique qui anime aujourd’hui la société marocaine. C’est aussi une occasion pour questionner les cadres conceptuels habituels utilisés dans les sciences sociales pour penser les mouvements sociaux et interroger les catégories et les classements que le sens commun (y compris celui des chercheurs) associe à l’idée de mouvement social. Comment penser et comprendre la vigueur des mouvements sociaux de protestations, leurs vivacités et leurs diversités au Maroc durant les trente dernières années ?

Ce dossier de la revue Bouhout, ouvert aux chercheurs et aux doctorants de toutes les disciplines des sciences humaines et sociales, vise à dresser un état des lieux du paysage de la mobilisation collective et de la protestation en prenant comme objet les mouvements sociaux et leurs transformations. A titre indicatif et non exclusif, les contributions attendues peuvent porter sur plusieurs questions :

  • L’état de la recherche : comment les mouvements sociaux parus au Maroc dans les années 2000 ont-ils impacté la recherche en sociologie, anthropologie, géographie, sciences politiques ou histoire? Les changements politiques et sociaux à l’œuvre impliquent t’ils un renouvèlement des regards et des approches dominantes dans le champ des études sur les mouvements sociaux ?
  • L’histoire sociale de la protestation et le cheminement des mouvements sociaux : dresser un panorama des mouvements sociaux qui agitent aujourd’hui la société marocaine ne peut se faire sans reconstituer le contexte historique sur la base d’observations de longues durées. Les contributions interrogeant le fond historique de ces mouvements et s’inscrivant dans une histoire du temps présent seront particulièrement appréciées.
  • La diversité des trajectoires individuelles et collectives, des pratiques militantes, des formes d’encadrement, des carrières des leaders, des discours et des portraits des mouvements sociaux : Il semble important d’aborder les mouvements sociaux dans leurs pluralités, de prendre en compte la diversité de leurs registres d’actions et de s’intéresser aussi bien aux mouvements sociaux les plus visibles et les plus dominants qu’à ceux situés à la marge, cherchant à faire entendre la voix de minorités opprimées.
  • L’action de l’Etat face aux mouvements sociaux, les modes de régulation de la protestation sociale et de gestion des « lieux de la colère » : une attention particulière doit être accordée aussi bien à l’analyse de l’action publique, à la gestion étatique des mouvements sociaux qu’aux termes de négociation de ces mouvements avec l’Etat.
  • Nouveaux médias et transformation de la protestation : Dans quelle mesure les nouveaux médias ont participé à la formation d’un espace de protestation au Maroc ? Il faut interroger ici l’usage de nouvelles technologies de communication, notamment l’internet et les téléphones portables et appréhender l’effet mobilisateur des images et des vidéos qui circulent sur le web. Qu’apporte le web aux répertoires d’actions des mouvements sociaux de protestations? L’utilisation des vidéo/web par les acteurs de ces mouvements inaugure t’elle des nouveaux rapports à l’espace public et au politique ?
  • Espace public et mouvement sociaux : parce que la visibilité d’un mouvement social et sa force de frappe dépend en grande partie de son inscription spatiale, il est important d’analyser la dimension spatiale des mouvements sociaux. Comment ces mouvements sociaux s’inscrivent dans des espaces multiples ? Comment instrumentalisent-ils l’espace public, l’espace virtuel…? Comment l’espace public sert de support pour les mouvements sociaux ? Il sera donc pertinent d’insister sur la centralité de l’espace et des modes de son appropriation dans l’analyse de ces mouvements.
  • L’éclatement des mobilisations professionnelles et la montée des conflits sociaux liés au travail : les mobilisations menées par les corps professionnels sont récurrentes tout au long des années 2000. Ces mobilisations sont fragmentaires mais simultanées. La coïncidence temporelle des mobilisations professionnelles est frappante : les enseignants contractuels, les médecins de secteur public et privé, les étudiants des facultés de médecines, les pharmaciens, les chauffeurs de taxi….Au-delà de leur caractère sectoriel et corporatiste, ces mobilisations nous donnent à voir des nouvelles formes de conflictualités dans le travail et dans la société et méritent des analyses approfondies.
  • Le genre dans les mouvements sociaux : les espaces des mouvements sociaux et de la protestation regroupent généralement des femmes et des hommes. Analyser les expériences, les trajectoires et les pratiques des deux sexes au sein de ces mouvements permettra de mettre en relief la dynamique de la protestation et la mobilisation sociale au Maroc. Comment les mouvements sociaux intègrent les jeunes filles et les femmes ? Que recouvre la mixité des sexes au sein de ces mouvements? Comment les femmes s’approprient l’espace social de la protestation ?

Les textes attendus doivent aborder, ces questions ou en proposer d’autres à partir de travaux empiriques, d’études de cas et d’analyses basées sur des observations méthodiques, rigoureuses et minutieuses. Des analyses mobilisant l’histoire, l’ethnographie, l’anthropologie, la géographie ou la socio linguistique seront également les biens venus.


Liste des numéros

2018/2 (N° 18)
Linguistique
2018/1 (N° 17)
Sociologie

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